L'agent secret
Le cinéma nous a toujours proposé des bons et des mauvais films. Il faut y ajouter maintenant les bons et les mauvais films longs. Dans cette nouvelle catégorie on joue gros. D'une part les bons films longs ne sont pas légion. Il est quand même plus dur de captiver son audience pendant 2h30. D'autre part un mauvais film de 2h40 a toutes les chances d'être deux fois plus ennuyeux. Comme les fauteuils du MK2 Beaumarchais ne sont pas des plus confortables et que cela fait une petite semaine que je la recalcifie ma clavicule j'ai donc été particulièrement sensible aux nombreuses lenteurs et incongruités de ce film "Palmedorisable".
Dès le début L'agent secret part mal. D'abord cette idée idiote de mettre les animations mégalomaniaques des producteurs pendant les premiers dialogues. Si le film doit démarrer sur un écran noir avec uniquement des voix très bien. Mais ce truc de fondu enchainé entre la production et la réalisation en dit long sur ce film qui cherche à plaire au capital en défendant une cause anarcho-communiste.
Le film s'ouvre sur une interminable scène où des policiers essayent de soutirer de l'argent à notre héros. Cette scène est d'ailleurs assez contreproductive puisque le personnage principal qui minaude pas mal (photo ci-dessus) et s'auto-produit (à 50%) ne leurs lâche que quelques cigarettes, alors que le but du film est de nous montrer l'inverse. Un quart d'heure plus tard après avoir croisé un aréopage mélancolique de voiture vintage il parvient à garer sa voiture dans une résidence de Recife pendant que je change de fesse sur mon fauteuil.
Le problème des films des années 70 c'est que les réalisateurs se noient dans les délices de la reconstitution de ces années là. Lunette, cigarette, moustache, VW coccinelle, cassette audio et veille télé. Ces films tombent tous dans une forme de narcissisme ou l'acteur se regarde jouer l'acteur des années 70. Jeu de miroir qui finit par exclure le spectateur de cette complaisance audio visuel qui alourdie la narration Vous noterez d'ailleurs la référence à un film de Belmondo de l'époque, Le magnifique, dans L'agent secret. A croire que l'acteur principal se voit en Belmondo plus classe, pas sûr et moins drôle bien sûr. Le sujet abordé est hautement engagé donc sérieux. C'est l'autre problème du film, il se veut manichéen, à la limite du documentaire politique qui vous souffle dans l'oreille " tout ça a vraiment existé" ?
Le réalisateur a dû lui même prendre conscience du coté très ennuyeux de sont propos tautologique. Les gentils sont gentils et les méchants sont méchants, en nous gratifiant de l'apparition surréaliste d'une jambe fantôme. Je n'ai rien contre le surréalisme et le film de genre, mais là vraiment c'est n'importe quoi. Cette jambe qui doit sans doute appartenir à une victime du système en place va sautiller dans les parcs de Recife pour botter le cul des gays qui s'y retrouvent. Pourquoi ? de la part de qui ? On n'en sait rien. Et ça n'apporte rien à l'histoire. Je me redresse et change de fesse pour tuer l'ennui.
Pour être sûr que le film vous plombe définitivement, au moment où le générique devrait enfin apparaitre, on remet le couvert avec 2 jeunes étudiantes que l'on n'a vu apparaitre que furtivement au préalable dont on ne sait rien qui vont à la rencontre du fils du héros. Et ça dure, je commence à avoir mal au dos. On se retrouve dans une ambiance aseptisée d'un cabinet médical où une petite étudiante bien sous tous rapports pose sur le bureau du descendant une clé USB en guise d'action révolutionnaire en lui susurrant "Ils m'ont dit de ne pas faire de copie mais j'en ai quand même fait une. Il y a la voix de votre père sur cette clef". Voilà tout ça pour ça. Une fois de plus le film est totalement improductif puisque l'on quitte le cinéma en se disant que le Brésil c'était quand même mieux avant. Le bon vieux temps du cinéma à bobine et des dictateurs.
N'y allez pas sauf si vous vous délectez comme moi de critiquer les mauvais films, surtout quand ils sont longs.

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