Des rayons et des ombres
Déjà le titre annonce la couleur. Ni blanc, ni noir. Même si le film fait référence aux poèmes de Victor Hugo on sent qu'il s'agit d'un titre passe partout. On pressent que le réalisateur va nous laisser patauger dans cette boue qui mêle complaisance et mauvaise conscience.
J'avoue que l'idée de réécrire notre histoire contemporaine ne donnant pas que la part belle aux résistants (souvent de la dernière heure) m'a séduit. Je pensais voir un film qui nous montrerait que la Résistance n'est pas aussi belle que sa légende et que beaucoup de collabos n'étaient finalement pas que des gens comme vous et moi qui obéissaient aux lois en vigueur acceptant l'état de droit.
Rien de tout ça dans le film. Pas question de lever le nez du guidon. Nous suivons la ligne d'une histoire vraie et cela sans détour J'ai un certain goût pour les biographies, mais pas au cinéma. Ce dernier n'est pas fait pour ça. La dernière réplique du film est là pour nous le rappeler. Quand votre réalité s'écroule il ne nous reste que le cinéma. Il est donc peu recommandable de faire coller le cinéma avec la réalité pour éviter le pire.
Mais avant de discuter du fond parlons de la forme. En plus d'être une histoire vraie, ce film cumule deux tares supplémentaires, la voix off et la longueur. Et sur ces deux derniers points on est servi. Malheureusement à l'instar du régime alimentaire du sanatorium ce n'est pas la quantité qui fait la qualité. J'ai vraiment du mal à faire la différence entre les 3 heures de ce film et les 6 repas gras servis par jour à notre héroïne tuberculeuse.
Je m'attendais à un grand film sur la mauvaise conscience. Mais cette introspection de l'âme humaine tourne court car parasitée par cette tuberculose du père et de la fille qui vient polluer l'air et le discours. Il y a durant tout le film cette idée que quand même ils ont vraiment pas de chance et que ceci pourrait excuser cela. Non, non et non, je suis bien d 'accord avec le réquisitoire du procureur. Regarder la mort en face ne vous empêche pas d'être quelqu'un de bien.
Pourquoi s'ingénier à faire un film sur la vie d'une fille à papa qui n'avait pas de sens. Ok ils ont fait ce qu'ils ont pu, et alors nous aussi. On ne trouve aucun exemple aucune source d'inspiration dans ce film. Le cinéma aurait pu être une manière de sortir par le haut pendant la guerre. On tombe donc dans le nihilisme de la fête, de la drogue et de l'alcool sans aucun idéal. On plonge dans le monde de l'égo que l'on finit par vomir de chaque coté de l'écran au bout de 3h19 de film. Les fêtes orgiaques se répètent ad-nauseum. C'est vu et revu. Les films sur les années folles et ceux sur l'occupation ne manquent pas sur ce sujet. On finit par se demander si les 30 millions de budget du film n'ont pas été financés par les industriels du tabac et du champagne. Bon 30 millions divisé par 3 heures ça ne fait plus que 10 millions l'heure. Pour la production on limite les risques, mais pour nous quel calvaire. Plus on avance dans le film plus on s'ennuie. La voix off vous agace. La sobriété du jeu de Jean Dujardin est ruinée par cette dernière scène absurde où il est enfermé dans un fourgon à déblatérer et gesticuler comme un jeune premier.
S'il y avait vraiment un film à faire sur la collaboration pendant la guerre ce ne sera pas celui là. Et cela malgré sans doute toutes les bonnes intentions du film qui par sa grandiloquence visait le sublime et qui finit par produire un biopic ridicule. Ou comme le disait si bien les parisiens à l'époque en parlant de la sépulture de Napoléon offerte par Hitler : "On attendait du charbon et on nous a donné des cendres." C'est un peu mon sentiment hier en sortant de la salle.

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