Le Comte de Monte-Cristo, le spectacle musical

 


Impossible d évoquer cette fabuleuse histoire du Comte de Monte-Cristo sans penser à sa dernière version au cinéma merveilleusement interprétée pas un Pierre Niney solaire qui nous emporte  progressivement dans la noirceur  de la vengeance. Difficile pour moi de mettre un autre visage que celui de Laurent Lafitte sur le perfide Gérard de Villefort. Pourtant cette comédie musicale parvient à nous emporter dans le roman de Dumas en nous faisant oublier la magie du cinéma pour celle d'une histoire extrêmement bien réglée dans sa forme et son fond  Les stars du cinéma sont éclipsées par la vrai star : l'insoutenable destin d'Edmond Dantès. Une machiavélique vengeance à la hauteur d'une injustice effroyable. 

Alexandre Dumas n'est pas un auteur classique, il fait voler en éclat les unités de lieu de temps et d'action comme bon lui semble. Il fait donc feu de tout bois pour nous faire vibrer dans une histoire  qui manque parfois de sobriété. Mais qu'importe puisque que l'on en redemande. Le dispositif mis en place par cette comédie musicale est à l'image de l'auteur : Diaboliquement efficace. On utilise donc au maximum les moyens modernes de la vidéo pour rendre cette histoire, aux innombrables décors, vivante voire palpitante.

Un des aspect les plus attrayants de ce spectacle est la confidentialité de la salle face à l'ampleur des moyens mis en œuvre. On peut se faire éblouir par la mise en scène de Starmania ou du Roi soleil. Mais l'ampleur des salles de ces dernières nous laisse à distance des chanteurs et relègue parfois le spectateur en vulgaire voyeur dans foule hagard.

Aux Folies Bergère c'est tout l'inverse dès le début nous avons le sentiment d'être invité aux portes d'un temple immense qui va s'ouvrir à quelques mètres de nous. Nous sentons la salle feutrée et confortable en lien avec l'époque se refermer sur nous comme si Edmond nous tenait dans sa main. Nous sommes à la merci du spectacle comme tous les protagonistes de l'histoire qui finiront anéantis dans leapoigne du comte.

Le  démarrage est un peu difficile, parce que toutes les comédies musciales que nous avions vues ces derniers temps profitaient d'un orchestre live, un luxe auquel nous étions habitués et qui la fait défaut. Il faut donc rentrer dans le dispositif.  Une sonorisation digne d'un blockbuster qui nous fait d'abord penser  à un karaoké géant. On se demande presque pendant les premières secondes si les acteurs chantent vraiment et puis on s'habitue au personnage du comte de Monte-Cristo d' abord puis au décor numérique et enfin à la bande son qui nous servira d'orchestre. Rien n'est vraiment classique dans cette mise en scène mais tout est terriblement efficace. Alexandre Dumas lui même doit jubiler dans sa tombe. Car le propos est clair et l'intrigue très bien suivie. Pourtant il y a beaucoup à dire et restituer les méandres cyniques de cette histoire est une gageur pour la mise en scène. 

J'ai adoré la fluidité avec laquelle les scènes s'enchainent faisant parfois penser au bricolage des mises en scène du génial Michalik qui ne cède rien au rythme de l'action. Les ingénieux décors de bric et de broc  ont laissé la part belle aux écrans numériques avec succès. Les dispositifs sont ingénieux pour éviter de vivre ces écrans comme un simple arrière plan. Les acteurs naviguent dans un décor lumineux et mobile.  On traverse les écrans, on grimpe au balcon, on jubile à l'idée que le théâtre est lui même entrain de prendre sa vengeance sur un art numérique qui pensait le ridiculiser. Hier soir c'était le théâtre qui se jouait du cinéma et non l'inverse.

L'histoire du Comte de Monte-Cristo n'est faite que d'apparence et de faux semblants. Quoi de mieux que d'exploiter à fond la versatilité des écrans numériques géants et amovibles pour conter cette histoire. Tout colle admirablement est c'est la force de ce spectacle qui sert l'histoire au lieu de servir les égos de stars bankables qui n'ont pas leur place dans ce casting et c'est tant mieux. On chavire sur la voix de Mercedes, on écoute chaque parole des chansons pour en savoir plus sur le drame qui se noue devant nous. Les chansons sont belles, modernes, sans tomber dans les ritournelles. Le ton est juste, la lumière est belle. Le spectacle nous emporte par sa beauté qui se mue en harmonie. Toute l'équipe technique qui vient chanter avec la troupe au final est juste une autre idée très bienvenue pour renforcer cette belle idée.

Le spectacle est très figuratif et nous montre en format XXL les décors de cette époque fastueuse de notre pays . Seul la salle du trésor est absente de cette reconstitution numérique hors pair. Si on y repense c'est sans doute pour nous dire que notre vrai trésor réside dans  la richesse de notre imagination, n'est ce pas Monsieur Dumas ?








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