Michaël
Encore un biopic sur un chanteur. Même si cet exercice est toujours navrant puisqu'il mêle d'un coté les inconvénients de "l'histoire vraie" au détriment de la fiction avec les tendances hagiographiques post mortem au détriment de la critique éclairante. Pourtant on y va quand même. Comme on écouterait les arguments de l'avocat de la défense d'un criminel. Le parti pris fait partie de l'exercice.
Si on franchit finalement la porte du cinéma pour voir un énième biopic, c'est très certainement pour voir à quel point leur acteurs-sosies arrivent à les imiter. Plus l'idiosyncrasie de la star est affirmée plus notre appétit de voir comment les sosies vont s'en sortir sur grand écran nous attire.
La question est donc, bien avant de se demander si le scénario va tenir la route, l'acteur va t-il arriver à désacraliser le sacré, à galvauder le génie par son pouvoir de l'imitation ? Cela aidé par les nombreux ressorts techniques offerts par le maquillage, les images et les voix de synthèse ainsi et que par la post production de l'industrie du cinéma.
Coté ressemblance on n'est pas déçu, même si c'est la version du Michaël à 10 ans qui m'a le plus séduite (notre photo) et dont la critique fait assez peu cas. Le vrai Michaël se cache dans ce petit garçon de 10 ans qui en annonce 8 à la presse et qui nous révèle la véritable âme et le charisme du petit dernier de la fratrie Jackson.
La performance du Michaël plus âgé (très attendue) n'était qu'une imitation de ce que Michaël Jackson avait lui même fabriqué. Le film copie donc une image avec tout l'attirail de la star. Veste impériale, Moon walk, gants à paillettes et chaussettes blanches aux allures de guêtres. En perdant l'acteur qui incarne Michaël petit on perd ce lien ténu que le réalisateur essaye de construire entre nous et l'âme d'enfant de la pop star. Le père méchant qui nous hérisse au début revient ensuite inlassablement et nous ennuie.
Mon admiration pour la star est pour moi la même que pour Claude François. Mais comment font-ils pour danser aussi bien tout en chantant. La pop américaine ne fait pas vraiment partie de ma playlist, mais Michaël Jackson demeure un danseur hors pair ce que son neveu qui l'incarne réalise admirablement, d'autant plus que cet exercice ne semble pas trop truqué par les effets spéciaux à l'arrivée.
Reste l'éléphant au milieu de la pièce ; la pédophilie du chanteur. La star ne s'est jamais vraiment défendu de coucher dans le même lit que certains des enfants en résidence à Neverland. Attouchement ou pas cet amour pour les enfants embarrasse le réalisateur et le spectateur par un effet de hors champ ultra présent. Cet effet qui participe à la beauté du cinéma opère subtilement pour sauver ce biopic édulcoré par les ayant droits. Le non-dit n'ayant pas valeur de démenti.
Alors peut on juger un œuvre en fonction de l'éthique de son créateur ? Je ne le pense pas, même si cela est sans doute à contre courant du lynchage actuel d'artistes rattrapés par leur indélicatesses jugées à raison aujourd'hui criminelles. En revanche cela ne dédouane pas la star et ses ayant droits de faire face à leurs responsabilités. On est mal à l'aise avec ce biopic parce que justement un biopic se doit de parler de l'homme plus que de l'œuvre. Sinon autant se repasser les vieux clips de MTV. On voit bien que le réalisateur essaye de nous balancer les plus beaux tubes du king de la pop pour éviter au maximum de parler de l'homme afin que la légende soit sauve. Un peu dur à avaler.
C'est donc bien la curiosité qui m'a attirée à aller voir ce biopic hier soir avec Antho, Sophia et Bobby, plus que mon amour sincère du cinéma. A vous de voir.

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