Projet : Extension Villa Pelone

 

La métaphore ouvre deux champs fondamentaux dans notre quête de civilisation.

D’une part elle permet d’ouvrir une voie poétique dans des domaines souvent trop

techniques, l’architecture dans le cas présent en est un bon exemple.

D’autre part elle permet de stimuler notre intuition dans la recherche de solutions quand les

contraintes nous semblent insurmontables.

J’ai appliqué cette approche métaphorique à la transformation de la Villa Pelone en réalisant

qu’une maison n’est finalement qu’un sol, un toit et quatre murs. Ce qui va donner de fait 6

dimensions à ce projet qui se veut un peu plus qu’architectural.




J’ai donc assez naturellement associé notre magnifique vue au Nord à la contemplation,

énergie apaisante que toutes les civilisations pacifiques lui accordent; le Sud pour l’énergie

stimulante que produit le soleil sur les plantes; l’Est est lui le côté de la maison le plus

protégé où l’on joue aux quilles mais aussi à être une star ou simplement soi sans peur du

ridicule; et finalement l’Ouest est l’entrée de la maison ouverte à tous ceux qui en

comprennent l’esprit. Le jardin est une composante structurelle de la villa, en fait le

jardin et la villa ne font qu’un dans une recherche d’une vie paradisiaque, et enfin le toit est

fait de nos plus beaux souvenirs de vacances sous lesquels nos âmes d’enfants s’abritent

les jours de mauvais temps.





Mais avant de parcourir ces 6 facettes du projet il est important de donner au lieu une histoire, un discours, une raison d'être. 


Beaucoup de projets en Corse se sont appuyés sur la représentation de la bergerie pour décliner un habitat contemporain avec une âme et un sens. Le domaine de Murtoli en est l'archétype. La bergerie nous renvoie au fromage corse, à ses chants polyphoniques et à la montagne qui prédomine. C'est dans cette direction que s'est engouffrée la Villa Pelone il y a 10 ans pour fabriquer son authenticité de toute pièce. La bergerie est un bâtiment austère de plain-pied offrant un abri temporaire. Cette image ne fonctionne plus dès lors que l'on ajoute un étage et un toit mono pente beaucoup plus technique. Il faut réinventer l'histoire de la maison et s'y tenir le plus possible pour que son esthétique soit cohérente et lisible pour nos résidents et nos visiteurs. 


La villa va devenir un refuge. Pente escarpée, point de vue, étage, toit asymétrique et panneaux solaires sont l'apanage de ces bâtiments de la dernière chance qui prennent la notion d'autonomie très au sérieux. Le toit bac acier devient la norme plus que l'exception et justifie notre choix d'étage en pierre surmonté d'une structure légère en bois. C'est le modèle le plus courant des refuges de montagne. La métamorphose de notre bergerie en refuge physique mais aussi psychologique est possible et même souhaitable pour être en phase avec les exigences de notre temps. L'extension que nous allons construire en décapitant le toit en tuile d'une ancienne bergerie pour la muer en refuge va nous donner une plus grande autonomie. Mais pour autant Pelone n'est pas perdue dans les montagnes et s'inscrit dans un réseau qu'elle ne renie pas. Ainsi le courant surnuméraire sera revendu sur le réseau et nos centrales d'épuration vont être déconnectées pour profiter du tout à l'égout. L'autonomie n'est pas l'autarcie. 




Comme pour la bergerie, notre interprétation du refuge est une interprétation moderne, c'est à dire qu'elle laisse la part belle aux surfaces vitrées plutôt que de vouloir régresser vers de petites ouvertures plus folkloriques. Comme notre bergerie, notre refuge sera nouvelle vague. Pour l'habillage de l'étage nous aurons recours à un bardage dit agricole en pin. Bardage rustique qui consiste à recouvrir les interstices entre les planches de plus fines planchettes pour assurer une meilleure étanchéité et empêcher insectes et autres nuisibles de s'y loger. L'étage profitera du même sol dallé que l'ensemble de la maison.





1 - La maison arbre


« Auprès de mon arbre je vivais heureux, j’aurais jamais dû le quitter des yeux ». 

Georges Brassens, Auprès de mon arbre


L’idée de la maison arbre est de sortir d’une écologie punitive et d’avancer vers les

contours d‘une nouvelle écologie hédoniste. Le soleil est une ressource dont bénéficie la

Corse en abondance et dont son utilisation ne prive personne. La première contrainte du

projet est de transformer l’architecture du toit de la maison afin d’installer un maximum de

panneaux photovoltaïques et cela dans des conditions optimales. C’est à dire de concevoir un

toit qui maximisera la production d'électricité pendant les mois de grande affluence de juin

à septembre.




La Villa Pelone est une maison de vacances. Elle se comporte comme un arbre qui produit un

maximum pendant les mois d'été et hiberne en hiver avec une production et une

consommation énergétique bien moindre en hors saison. Là où la plupart des maisons

résidentielles ont une consommation électrique en contre cycle avec les saisons, à savoir

des besoins en chauffage électricité et eau chaude important en hiver et des consommations

plus faibles en été (pour les maisons sans climatisation et piscine), ce n’est pas notre cas. Les

besoins de la Villa Pelone suivent naturellement le cycle du soleil avec des fréquentations

record en été et relativement faibles en hors saisons qui va de pair avec une hivernation de la

piscine. 


La Villa Pelone ressemble donc, en de nombreux points, à un arbre fruitier qui offre

sans compter tous les étés tout ce qu’elle peut donner et se ressource en hiver au coin du

feu avec un usage parcimonieux de la clim inversée. Les seules consommations à gérer à

contretemps sont le sauna en hiver, très ponctuel et le jacuzzi en demi-saison qui lui reste

assez énergivore alors que la production photovoltaïque n’est pas forcément au rendez-

vous. L’ensemble des équipements de la villa sont électriques : le chauffage de la

maison, la climatisation des chambres, le traitement de la piscine, la production d'eau

chaude, la charge de notre voiture électrique, ponctuellement le sauna  le jacuzzi en

intersaison et l’ensemble de l’électroménager.





L’installation de panneaux sur le toit sud de la villa actuelle ainsi que sur le toit plat du bâtiment

annexe ne suffit pas à assurer nos besoins en électricité. Notre installation actuelle produit

au mieux 8 à 9 kW, or la seule utilisation des 3 pompes de la piscine sollicite une puissance de

6 kW. La priorité du projet est de porter cette puissance à 14 kW avec l’installation de 27

nouveaux panneaux de 500 kWc.




L’eau de pluie n’est pas collectée et la toiture actuelle ne bénéficie pas de gouttière. Le

nouveau toit mono pente va nous permettre de canaliser l’eau du toit d’une superficie de

160 m2. A l’instar d’un arbre la surface habitable (le tronc) ne sera que de 65 m2 pour une

toiture bien plus conséquente, offrant plusieurs balcons et terrasses ombragées. La partie du

nouveau toit terrasse, la plus ensoleillée, sera végétalisée dans une couche de 20 cm de

terreau avec des plantes grasses du jardin bouturées pour l’occasion.


2 - La maison commune


« C’est une maison bleue adossée à la colline, on y vient à pied on y frappe pas ceux qui

vivent là ont jeté la clef », 

Maxime Le Forestier, San Francisco


Pelone n’est pas une maison « one-shot » où l’on fait tout d’un coup. On ne peut présumer de rien mais la Villa Pelone a pour vocation d'évoluer et de s’inscrire dans une certaine durée. A chaque saison

les habitués s’émerveillent des nouveautés apportées au domaine année après année.

Il n’y a donc plus lieu de signer un contrat avec devis, construction, réception, facturation. Ce type de contrat est la force des entreprises générales et des garanties décennales

qu’elles vous font miroiter. L’esprit de la villa souhaite s'éloigner de cette dure réalité pour

aller vers un modèle plus doux et plus coopératif où le client et les entreprises dialoguent dans

la confiance d’une relation dans la durée ou la bonne foi reste la meilleure des garanties.

C’est pourquoi cette évolution de la Villa Pelone ne se fera plus par le truchement d’un

maitre d’œuvre prêt à paver votre chantier de toutes ses bonnes intentions. L’approche de

la maison commune est d’inclure les personnes qui construisent votre maison dans un idéal

plus large que celui délimité par le budget, les délais, les assurances et les pénalités.

Si on exclut l’industrie du luxe, les entreprises semblent peu enclines à l’idée de travail (trop)

bien fait, peu rentable. L’idée de ce projet est de rendre justice au travail bien fait en évitant

les intermédiaires pour que la valeur apportée sur le chantier aille aussi vite que possible

dans les poches de celui qui l'a produite. 


A la Villa Pelone on s'entraide. Un fournisseur peut rès bien nous emprunter une voiture pendant notre absence voire inviter ses amis puisque

cette maison est aussi la sienne. Pelone donne avant de recevoir, c'est le principe même de la confiance.

Nous avons donc d'un côté les entreprises générales qui ont pignon sur rue et qui vous

promettent qualité, sécurité, avec derrière le rideau du devis de 15 pages de réels problèmes

de recrutement et d’optimisation et de l’autre des auto-entrepreneurs en quête d’un joli

projet d’envergure et motivant qui n’ont pas les moyens d’assurer avec leur micro structure.

Il faut donc inverser la vapeur et que le client reprenne le risque de son propre projet afin

que les artisans donnent le meilleur d'eux même sans se soucier d’un cadre juridique qui

pourrait les écrabouiller à tout moment. 


Bien sûr ce type d’approche ne convient pas à tous.

Ceux qui s’inscrivent dans un projet à court terme ont tout intérêt à avoir des garanties et faire

travailler tout le monde dans ce rapport toxique qu’entretien la qualité avec le prix.

Notre projet est à risque. Il faut donc être prêt à perdre sans blâmer personne. Les maisons

à ossature bois dans le sud de l’île ne sont pas légion pourtant pour ne pas surcharger la villa

existante cela reste la meilleure solution. Moins de ciment dans les murs et plus dans nos

relations est la voie que je cherche à explorer avec une flottille d’auto entrepreneurs prêts à

en découdre avec les gros du secteur. 

La maison commune a une porte : la porte d’entrée de

notre maison. L’idée est d'y travailler avec le sourire quand on n'a pas la bouche pleine de

gâteaux au Nutella.


3 - La maison Feng Shui


« Allez viens, je t'emmène loin, Regarder le monde s'écrouler, Y aura du popcorn salé, Y aura un nouveau monde à nos pieds ». Santa, Popcorn Salé.




L’air, la vue, le silence tout relatif des soirées, les ciels bourrés de bonnes étoiles qui se

penchent sur nous. Ce cosmos régi par la gravité envie surement la légèreté des petites

fêtes de Pelone. La Villa vous offre la contemplation, une forme de paysage idéal, comme

dans les plus beaux films. La différence ici c'est que nous en sommes les acteurs et que ce

paysage pour un soir est notre toile de fond. Pris dans la profondeur de champ du

panorama plutôt que d'être rejeté dans le siège du spectateur.


Si la vue est acquise, (imprenable comme disent les agents immobiliers) l’air est un élément plus délicat à gérer, car le réchauffement climatique est là et la tentation est grande de fermer les portes et de climatiser notre abri.

Impossible à Pelone puisque l’extérieur et l’intérieur ne cessent de dialoguer. Il faut donc

transiger sur une climatisation des chambres qui vous coupe la nuit de l’air de la Corse au

profit d’une fraicheur industrielle réconfortante, nous protégeant en partie de l’appétit des

moustiques de l’île.




On ouvre donc les portes en journée et on ferme celles nos chambres la nuit pour profiter

des climatiseurs en mode pompes à fraicheur. Mais le courant d’air reste le meilleur moyen

de climatiser un espace commun sans recours technologique, cette idée était sous-jacente

au projet initial par ses portes-fenêtres traversantes et il le sera aussi pour ce nouvel étage.

Le premier projet climatisait la maison par flux d’air, notre expérience nous a conduit à

privilégier la solution split plus efficace et plus souple pour de petites surfaces.


4 - La maison théâtre


« Et les étoiles, entre elles, Ne parlent que de toi ». 

Francis Cabrel, Petite Marie.




Pourquoi se costumer ? Et pourquoi pas ? le jeu est un élément consubstantiel du projet

Pelone. Quand on joue à un jeu , on ne joue plus à un autre. Le jeu nous émancipe du grand

jeu dans lequel nous sommes tous nés. Pendant le temps du jeu, du match, du chant nous

ne sommes plus dans le déterminisme de nos propres vies mais libres et surtout libres de

perdre. Ce qui n’est plus le cas lorsque que l’on quitte la villa et que le sérieux de nos

engagements a vite fait de nous rattraper. Alors bien sûr le costume rajoute encore une

ultime pointe d’extravagance à cette envie d’émancipation vers le "c'est pas grave" qui

nous manque parfois pour relativiser ce qui nous arrive.




Le costume nous conduit à la fois au ridicule mais aussi à l’équipe à l’uniformité du n’importe

quoi. Un Big Bazar à la Michel Fugain dont le seul but est de ridiculiser le sérieux et

certainement pas nos convives. Nos placards craquent sous le nombre des costumes, les

donations affluent pour le meilleur et pour le rire, car l’extension que nous allons construire

a aussi pour vocation d'être plus qu’un étage mais d’être aussi le grenier de nos

mascarades.

Que l’on chante, que l’on danse, la recherche d'un thème nous unit grands et petits dans la

joie.


5 - La maison jardin


"Je vois sur le dessin, Quelque chose de divin, Ton Eden, mon jardin". 

Juliette Armanet, Le dernier  jour du disco.



Le premier choc quand on pousse la porte de Pelone c'est le sol. Cette pierre dédiée aux

usages extérieurs ose rentrer pour paver l’intérieur. C’est beau, inattendu. On est vite

tenté de suivre cet exemple et d’abandonner tout esprit de façade. Pelone n’est pas un RDC

d’appartement où l’on vit en chaussettes derrière des vitres closes. La continuité du sol

entre l’intérieur et l’extérieur fonctionne comme des racines qui vont ancrer la maison dans

leur environnement. On vit pieds nus et pourtant on va se coucher avec les pieds propres.

Les solutions d’aménagements qui remplissent les show-room des zones commerciales doivent

contribuer et non envahir notre imaginaire, notre intérieur avant qu’il ne finisse dans nos

maisons. Pelone n’est pas un intérieur mais un jardin avec une maison à l’intérieur. Le soir

avant de se coucher nous fermons toujours le jardin jamais la maison.

Construire un étage est contradictoire avec l’idée même d’un habitat en prise avec le terrain.


C'est pour cela que nous allons multiplier les accès au premier niveau par des escaliers et

des passerelles extérieures et que nous avons laissé la part belle au toit terrasse plutôt

qu'à la construction pour que cet étage soit à nouveau perçu comme un jardin

suspendu avec une petite maison dessus. Ainsi malgré la surélévation la magie du jardin

opère encore à ce niveau en nous dévoilant un peu plus encore un panorama dont on ne se

lasse pas. Pour augmenter cette impression de vivre dedans dehors en permanence la surélévation profitera d'un système de baies vitrées sous galandage, terme qui implique que l'ensemble des vantaux des baies vitrées vont disparaitre dans les murs donnant ainsi un air de kiosque à la partie commune de l'étage composé du bureau, de sa librairie et de la costumerie. Notre chambre profitera d'une cheminée renforçant l'idée dune petite maison sur une terrasse plutôt qu'un appartement privé à l'étage.


6 - La maison souvenir


« Avec dans mes greniers, mes caves et mes toits, Tous les rêves du monde ». 

Claude Nougaro, Tu verras.




Reste la 6ème face de ce projet et sans doute la plus importante : sa construction dans notre

imaginaire et surtout la place qu’elle va prendre dans l’esprit de chacun de nos visiteurs pour

arriver à s’imprimer dans nos mémoires comme de bons souvenirs. Il faut beaucoup de

moyens au merveilleux pour ravir la vedette au drame dans nos mémoires. C’est sans doute

pour cela que nous ne lésinons pas dans les moyens à engager pour parvenir à faire que Pelone

reste pour vous un témoignage durable de la belle vie que nous voulons tous vivre. Les

souvenirs s’évaporent les photos restent, la répétition nous ennuie l’originalité nous séduit.

Les albums photos, les livres de cuisine, les blogs, les fous rires et nos déboires, sont là pour que notre

mémoire elle aussi profite de l’air de Pelone pour rafraichir l’idée chimère que l’on se fait du

bonheur mais si agréable à poursuivre.




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