La cage aux folles
Je dédie cet article à Vincent qui s'impatientait hier soir de ne pas pouvoir lire sur ce blog une critique de ce spectacle que nous avons vu le 7 janvier.
Laurent Lafitte en Zaza et Olivier Py à la mise en scène au Châtelet, difficile de ne pas de ne pas succomber à cette toute nouvelle version de la comédie musicale La cage aux folles.
Malgré ce cocktail prometteur le résultat est plus que mitigé. Bien sur Laurent Lafitte est magistral en plus d'être "bankable" ce qui garantit le succès économique de l'histoire. Mais au niveau créatif on reste sur sa faim. La qualité scénique est là, voir notre photo, mais le scénario et le livret sentent le réchauffé.
On essaye de faire du neuf avec du vieux et ça ne marche plus. La cause gay semble aujourd'hui à des années lumières de cette farce ampoulée avec des rengaines américaines aussi insipide qu'un sandwich Daunat sur l'autoroute. On nous éblouit aves des milliers d'ampoules pour que l'on ne remarque pas qu'il n'y a rien à voir. Tout ce que vous allez voir, vous l'avez déjà vu et revu, quant à la cause idéologique qu'elle sous-tend elle enfonce des portes que les chars de la Gay Pride ont défoncé depuis longtemps.
Ce truc musical pas très comique à force de recyclage est complètement boiteux. La pièce de Poiret (créée en 1973), à la sauce "musical américain", nous revient 50 ans plus tard pour Noël en boomerang dans une version qui combine une comédie musicale très moyenne avec une pièce qui commence vraiment à dater.
La cage aux folles nous montre une fois de plus que l'art et l'idéologie ne font pas bon ménage. Le musical à Broadway au début des années SIDA (1983) ne pouvait que trouver un public acquis à notre cause et qui pouvait bien évidemment se satisfaire d'une œuvre médiocre durant cette époque noire de la communauté gay. Mais aujourd'hui force est de reconnaitre que l'on peut être gay et ne pas aimer La cage aux folles sans faire dissidence.
Coté mise en scène, le machin en forme de cube de Py avec ce monstrueux escalier sur une face qui écrase tout est totalement contreproductif. Le décor aurait dû nous plonger dans une monde en devenir au lieu de nous balancer une perfection anachronique qui n'a pas sa place dans petit club de Saint-Tropez. La perfection de la chorus line est elle aussi très gênante. On ne distingue plus le masculin du féminin alors que la pièce de Poiret jouait sur le comique de ces hommes qui se voient femme sans forcément le paraitre. Alors bien sûr Zaza fait le boulot mais les autres n'ont rien de burlesque. Le show business américain a toujours eu du mal avec l'à-peu-près, là où les français excelle. Tous les danseurs auraient dû ressembler à Laurent Lafitte mais cela n'aurait pas fait recette outre-Atlantique.
Pour finir le spectacle est bourré de rustines mal venues pour rafraichir le propos, comme ce figurant avec un tee-shirt Act Up qui arrive en béquille sur la place du village ou les affiches du parti politique de Dindon qui se force à ressembler au Rassemblement National alors que les enjeux politiques de nos années 2020 ne sont plus ceux du siècle précédent.
Les costumes sont soit convenus soit laids. Quel dommage de limiter l'esthétique gay à la fin du spectacle à des costume à paillettes mal coupés alors que tant de grand créateur de mode homosexuels ont su dépasser ces poncifs.
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