L'Odyssée

Le film est intéressant parce qu'il visualise avec beaucoup d'humilité les propos de L'Odyssée d'Ulysse. On est donc à la fois agréablement surpris de par la sobriété de la mise en scène et déçu de ne pas y trouver autre chose que ce qu'Homère nous a légué. Cette déception passagère nous soulage finalement d'une crainte celle de voir que le cinéma américain ne parvient pas à créer par elle-même une mythologie plus extraordinaire que le mythe fondateur imaginé par Homère. En d'autre termes, le cinéma américain domine le monde mais les fondations de la culture européenne par la littérature ne sont pas dépassées par Hollywood.
Ce film est intéressant à cause de ses paradoxes. Là où le récit mythologique nous permet toutes les extravagances, le réalisateur s'en tient à une mise en scène épurée à grand renfort de décors naturels ultra réalistes. Les effets spéciaux sont minimaux, la terne normalité a pour effet d'enraciner ce mythe dans notre réalité.
Par le truchement du cinéma de Nolan, le récit fantastique d'Homère devient une récit méditerranéen, tangible européen. On a le sentiment que le réalisateur rend hommage au mythe fondateur d'Homère en filmant la réalité dont il est issu mais aussi en tournant volontairement le dos au virtuel du nouvel eldorado numérique californien.
Christopher Nolan utilise l'universalité de L'Illiade et L'Odyssée pour nous montrer la stupidité de la guerre et des conflits, mais aussi de la vacuité d'une vie sur une île sans désir de conquête. La morale protège l'oisif de devenir belliqueux, mais si un ennemi imaginaire surgit comme le peuple des mers alors la guerre prend des habits du devoir héroïque qui enfonce les scrupules moraux des plus sages.
Le réalisateur se sert du récit de L'Odyssée pour nous montrer à quel point les guerres après la 2ème guerre mondiale n'ont mené à rien.
Les voyages et les conquêtes ne mènent nul part, la filmographie du réalisateur n'est qu'une litanie de ce constat. En revanche on est emporté quand la caméra se rapproche des visages, on aurait même envie de renommer le film " La non-odyssée de Pénélope". Elle reste et elle gère l'incertain avec une humanité et une détermination qui force le respect. C'est le grand rôle de Anne Hattaway, alors qu'Ulysse avec sa barbe de hipster et son corps starlette hollywoodienne nous agace de bienséance.
La retranscription de L'Odyssée d'Homère dans le monde moderne a déjà été faite par Stanley Kubrick avec 2001 L'Odyssée de l'espace et elle est définitive. Ce film est un chef d'œuvre indépassable. La noblesse de la démarche de Christopher Nolan est d'en prendre le total contrepied. Là où Kubrick nous montre un monde ordinaire dans un contexte extraordinaire (l'espace et le futur) Nolan nous montre l'impasse terrestre de toutes formes d'héroïsme pour s'émanciper de notre condition humaine. Ulysse et Pénélope n'ont d'autres choix que de partir d'Ithaque pour inventer un autre monde et d'échapper à la trivialité de leur existence.
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