Le mage du Kremlin

J'ai lu le livre Le mage du Kremlin, livre que j'ai plutôt apprécié. L'auteur n'est pas un romancier et a fait l'effort d'apporter une touche romanesque aux idées qu'il tente de nous faire comprendre sur la transformation des enjeux politiques. 

Depuis Les ingénieurs du chaos son précédent essai, l'écrivain nous annonce la mort des programmes politiques. C'est à dire qu'un personnage politique qui veut conquérir le pouvoir peut dire tout et son contraire, sans que cela ne lui enlève la moindre crédibilité. Le populisme tue la logique au profit de l'électoralisme. On va dire à chacun ce qu'il veut entendre même si, mises bout à bout, les phrases n'ont plus de sens. 

Si cette pratique n'est pas nouvelle, elle a pris une toute autre dimension sur le web puisque la capacité d'identifier les attentes de chacun et la solitude dans laquelle l'information est assimilée permettent de dire à chacun ce qu'il veut entendre sans jamais se dédire. On peut promettre aux riches de baisser les impôts et aux pauvres de  taxer les riches en enfermant chacun dans leur silo de certitudes en éludant l'illogisme de la politique mise en œuvre. Le succès du Brexit est un excellent exemple de cette approche.

Le mage du Kremlin n'est qu'un exemple de plus, celui de la Russie de Poutine et de cette manière qu'ont un nombre croisant de partis politiques d'enfermer leurs concitoyens dans leurs certitudes grâce à la connaissance intime de leur vie pas les réseaux sociaux et aux canaux sélectifs par lesquels ils s'informent.

Assimiler les travaux de Giuliano da Empoli qui s'apparentent d'avantage aux travaux d'un moraliste tel François de La Rochefoucauld à celui d'un écrivain de best-seller est contre productif. Transformer un essai en film qui doit nous faire traverser les 40 dernières années de la vie politique tumultueuse du Kremlin est une entreprise vaine. On perd le propos de l'essayiste, on se perd dans un propos pseudo historique bâclé et bavard, qui pioche dans des photos d'archives à la manière d'un reportage ce qui ajoute à notre déroute. Le mage du Kremlin à l'écran subit donc la double peine du film mauvais et long.

Ce film permet néanmoins de rebondir sur une question philosophique présente d'ailleurs dans le livre : "Peut t'on être intelligent et bête (con) à la fois ?"  Le mage le dit lui-même: " L'intelligence ne protège en rien de la stupidité" à un autre moment en parlant de Kasparov, il confie à sa femme que les grands joueurs d'échecs ont toujours faits de piètres politiciens. L'intelligence peut devenir sectaire avec des variations patriotiques ou non ou se muer en cynisme. Ce qui fait dire au mage qui mise sur l'éclatement de l'électorat en une multitude de brebis désabusées : " Il n'y a rien de plus sage que de miser sur la folie des hommes" ou encore " Le peuple est le plus cruel des tyrans". 

Bref pour notre auteur les démocraties du 21ème siècle ont sérieusement du plomb dans l'aile. Le film qui essaye de faire le procès de Poutine ou de la Russie face à des démocraties rayonnantes tombe à plat  puisque  nous sommes tous dans la même galère. Comme ce film (ultra long) ne propose rien d'autre qu'une chronologie socio-politique à 2 balles et naïvement manichéenne (12 balles dans notre cas ) un vide sidérale de trame romantique et psychologique des personnages, on serait sans doute parti avant la fin si nous n'avions pas été aussi bien assis.

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