Illusions



Hier La Vénus électrique au cinéma, ce matin le Pont Neuf relooké par JR et l'exposition de Leandro Elrich au Grand Palais. Trois approches artistiques fascinées et façonnées par l'illusion. Un siècle d'écart entre nos 2 plasticiens contemporains et les illusionnistes des foires de Paris dans les années 20. De notre coté le même appétit pour croire ce qu'on vous donne à voir surtout quand on le veut bien.

Commençons par La Vénus électrique. Ce film est une grande réussite. Il prend le meilleur du théâtre de boulevard et le meilleur du cinéma pour produire un être hybride et enchanteur. On aime au théâtre les dialogues travaillés et bien écrits et l'investissement total des acteurs dans leur rôle. On veut les voir de près et sentir leurs sentiments. Tout cela le réalisateur le fait admirablement dans ce film. C'est du théâtre filmé et la pellicule du cinéma ne nous a jamais semblé aussi fine. Là où le théâtre de boulevard pèche avec des décors souvent convenus et assez statiques La Vénus électrique fait juste ce qu'il faut de reconstitution historique pour donner une toile vivante à ce Vaudeville de haut vol. L'intrigue n'est pas téléphonée et les rebondissements son constants même si au bout du compte il y a toujours un amant dans le placard. 
Alors bien sûr les purs cinéphiles dont j'ai pu lire certaine critiques n'y trouvent pas leur compte. Ces derniers attendaient un travail spectaculaire sur la photographie des foires des années 20 extrêmement photogénique alors que la caméra du réalisateur reste assez sage et assez conventionnelle de ce point de vue. Mais il faut choisir son camp car des images fantasmagoriques de la foire n'auraient en rien servi ce film qui se resserre volontairement sur ses protagonistes faisant assez peu de cas de leur environnement photogénique. 
Nous sommes donc bien au théâtre mais nous volons avec la caméra dans la pièce au lieu de se tortiller sur son fauteuil au bout d'une heure. Nous volons de scène en scène dans d'autres lieux en suivant nos acteurs dans l'eau trouble de leur quotidien. La relative simplicité de la photographie est compensée par un montage ciselé qui nous permet de suivre plusieurs époques en même temps sans jamais si perdre ni se lasser. Ce film utilise de nombreuses manières de vous relater des faits passés sans que cela n'alourdisse le moment présent et l'intensité de ce qui se joue. Cet exercice donne une dimension très cinématographique à la pièce de théâtre qui se joue devant nous. On ne s'ennuie pas car une à une les illusions tombent en chamboulant ce que chacun a cru. La découverte à leur dépend de l'illusion conduit à l'humiliation qui conduit rarement au pardon humiliation que seul l'amour le vrai peu vaincre.

Et si comme au théâtre vous vous déplacez en fonction des têtes d'affiches, surtout ne vous privez pas de ce merveilleux film où tous les acteurs sont excellents.

Aussi fascinante soit t'elle, l'illusion finit toujours pas décevoir. En écho à ce film nous découvrons ce matin une partie de la toile du Pont Neuf de JR déchirée par les intempéries de la veille. L'illusion a toujours une dimension de moins que le réel et donc peut à tout moment se déchirer. Les montagnes de JR craignent le mauvais temps pas comme les vraies dont c'est le quotidien.

Après une heure et demi de marche depuis la Bastille et quelques photos du Pont Neuf au passage, nous nous sommes rendus au Grand Palais où c'est  le premier jour l'exposition de Leando Erlich  Nous prenions un risque calculé puisque l'art contemporain peut produire le pire ou le meilleur. C'est d'ailleurs le sujet sous jacent de La Vénus électrique. A toutes les époques les galeries ont galéré, pour séparer le grain de l'ivraie, le beau du quelconque. On avait une très vague idée du travail de l'artiste, mais une chronique et une interview de l'artiste sur France Inter quelques jours avant nous avait convaincu de tenter le coup.

Là encore une bonne surprise L'artiste instaure un dialogue avec le spectateur. L'art veut être une manière de posséder une forme de beauté. Leandro détourne cette relation possessive que nous avons avec l'art pour nous faire jouer avec lui. L'artiste questionne la réalité et surtout s'en amuse. Et si on capturait un nuage et si on attrapait les reflets des bateaux. Ces gageurs  par leur poésie participent au merveilleux avant même leur réalisation. On découvre alors comment l'artiste procède pour rendre aux nuages leur flou originel et l'on découvre que les reflet des bateaux sont du même bois que celui des barques. Le flou et le reflet vole la vedette au réel et nous questionne sur nos certitudes aux contours certes nets mais sans doute moins complexes et poétiques et finalement moins réels que le flou qui les entoure.


















 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La liberté guidant le peuple ?

Maison 5 étoiles

A Olivier Rouyer